Un territoire qui résiste, dans un environnement international dégradé
Ce vendredi 5 juin 2026, la CCI des Landes réunissait dirigeants, partenaires économiques et acteurs du territoire à Dax pour la restitution de son 50ème Baromètre Éco – enquête de conjoncture du 1er semestre 2026.
Cette matinale, organisée chaque semestre, s’appuie sur une double source : une enquête d’opinion menée en mai 2026 auprès de 299 entreprises landaises, représentant 10 926 salariés et plus de 3,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit plus de 16 % de l’économie du département, doublée de données consolidées issues des services de l’État (DGFiP, France Travail, Douanes, fédérations professionnelles).
Le tableau qui en ressort est celui d’une économie landaise qui résiste mieux que la moyenne régionale ou nationale, mais dans laquelle les tensions financières sur les entreprises s’intensifient nettement, portées par un contexte international particulièrement instable, sans visibilité et générant un choc de coûts très pénalisant.
1. Le contexte international : le détroit d'Ormuz et ses effets en cascade
Avant d’analyser les données locales, la présentation a replacé la situation dans son contexte mondial. Le facteur déclencheur est géopolitique : les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transitent un tiers du commerce mondial de pétrole brut, 20 % du gaz naturel liquéfié et 30 % des engrais azotés (moyenne 2023-2025).
Les conséquences sont directement mesurables sur les coûts des entreprises. Depuis le 27 février 2026, les prix de nombreux produits de base ont fortement progressé : gaz en Asie +80,8 , polypropylène +54,5 %, polyéthylène +54,3 %, gaz en Europe +43,2 %, pétrole Brent +30 % (source OCDE). Sur l’année, le Brent en euros a progressé de +73 % depuis janvier, passant de 67,3 € en mars 2025 à 97 € le 3 juin 2026 (source INSEE).
L’inflation repart à la hausse en France : +2,4 % en mai 2026 sur un an (source INSEE), tirée par l’énergie (+16,8 %), les produits frais (+4,1 %) et les services (+2,1 %). La France affiche néanmoins l’un des taux les plus bas de la zone euro (2,8 %), dont la moyenne s’établit à 3,4 % (source Eurostat).
L’euro atteint par ailleurs son niveau le plus élevé face au dollar depuis 2021 (1,159 $ le 3 juin, source BCE), ce qui pénalise la compétitivité des exportateurs européens sur les marchés internationaux facturés en dollars.
Sur le plan macroéconomique, la France enregistre une contraction de son PIB de -0,1 % au 1er trimestre 2026 (source INSEE), légèrement en dessous de la zone euro (+0,1 %) et très loin des pays émergents comme l’Inde (+6,3 %) ou la Chine (+4,4 %) (source OCDE, mai 2026). Les perspectives pour 2026 restent modestes : +0,8 % pour la France, +0,9 % pour la zone euro, +2,8 % pour le monde.
2. Les indicateurs landais : un département qui tient
Les données ci-dessous sont issues des services de l’État — DGFiP, France Travail, douanes — et couvrent le 1er trimestre 2026.
Malgré ce contexte dégradé, les indicateurs objectifs du département affichent une certaine résistance :
- Le chiffre d’affaires global progresse de +2,03 %, avec toutefois un écart très marqué entre les grandes structures (+8 %) et les petites entreprises (-1,2 %).
- Les exportations progressent de +1,27 %, signe d’une capacité à maintenir une présence à l’international malgré les tensions de change.
- Sur l’emploi, les recrutements hors intérim et contrats courts progressent de +4 % sur un an (mai 2025 – avril 2026), plaçant les Landes au 2ᵉ rang régional en Nouvelle-Aquitaine (source France Travail/Acoss). L’emploi salarié se maintient à +0,07 %, stable, dans un contexte où dix départements néo-aquitains sur douze enregistrent une baisse.
- En revanche, les offres d’emploi enregistrées reculent de -23,3 % sur un an dans les Landes – le repli le plus marqué de Nouvelle-Aquitaine (moyenne régionale : -15,8 %). Signal d’un ralentissement de la flexibilité des recrutements, qui se concentrent davantage sur des contrats longs.
- Sur l’investissement, les données DGFiP révèlent une hausse notable : +13,3 % de TVA déductible sur immobilisations au 1er trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025, portée par l’agriculture (+53 %), l’industrie (+21 %), les services (+4 %) et le commerce (+5 %). Ce rebond est nettement plus marqué dans les Landes qu’au niveau national (+1,2 %) ou régional (+1,3 %). À noter toutefois que l’hébergement-restauration (-14 %) et la construction (-13 %) voient leurs investissements reculer.
3. Ce que disent les dirigeants landais
Les données ci-dessous sont issues de l’enquête d’opinion réalisée en mai 2026 auprès de 299 entreprises du département.
Une activité sous forte pression
Le signal le plus préoccupant de cette édition concerne la tendance baissière de l’activité : 45,2 % des entreprises déclarent une baisse de leur chiffre d’affaires au 1er semestre, soit 4 points de plus qu’en juin 2025 – un niveau comparable à celui de la période de confinement. À peine 23 % font état d’une progression.
Les carnets de commandes restent orientés à la baisse pour 39,4 % des entreprises. Les perspectives ne s’améliorent pas : 34 % des dirigeants anticipent une dégradation de leur situation pour les six prochains mois (+7 points par rapport à décembre 2025), contre seulement 23 % qui envisagent une amélioration.
L’investissement : prudence généralisée
Si les chiffres officiels montrent un rebond des investissements réalisés, les intentions pour les prochains mois sont tout autres. Près de 60 % des entreprises ne comptent pas investir dans les mois qui viennent (70 % dans le BTP, 65 % dans le commerce). Parmi les 21 % qui prévoient d’investir, un tiers le fera dans la maintenance, 30 % dans l’innovation et 37 % dans des augmentations de capacité – avec une concentration notable dans l’industrie (46 % des entreprises industrielles prévoient d’investir).
L’emploi : des effectifs stables et un recrutement qui ralentit
Plus des trois quarts des entreprises ont conservé le même niveau d’effectif. Toutefois, 17,1 % ont réduit leur personnel (+3 points vs décembre 2025), essentiellement sur les contrats courts. Le rythme de recrutement décélère : seulement 8,5 % des entreprises ont embauché (-7 points vs décembre 2025).
Les perspectives d’emploi restent tièdes : deux tiers des entreprises prévoient un effectif stable, 15 % envisagent une réduction (25 % dans le BTP), et seulement 11 % projettent de recruter.
L’enquête BMO 2026 (France Travail) recense 24 200 projets de recrutement dans les Landes, en recul de -5,1 % – une baisse inférieure à la moyenne régionale (-8 %). Les métiers les plus recherchés restent les aides-soignants, cuisiniers, aides à domicile, employés de l’hôtellerie et ouvriers de l’agroalimentaire. La construction affiche le plus fort taux de difficulté de recrutement (70 %), suivie par les services aux entreprises (51 %).
Des finances d’entreprise sous tension croissante
C’est sans doute la dimension la plus préoccupante de cette édition, et elle s’est dégradée à chaque vague d’enquête depuis deux ans.
74,6 % des entreprises déclarent des prix d’achat en hausse (vs 43,8 % en décembre 2024) – une progression continue et spectaculaire. Face à cette pression, 24,1 % ont déjà relevé leurs prix de vente, dans un contexte d’arbitrage difficile entre préservation des marges et maintien de la relation client.
Les marges sont en baisse pour 46,8 % des entreprises – quasiment une sur deux.
65,8 % des entreprises jugent leur trésorerie tendue (vs 47,6 % en décembre 2024, soit +18 points en 18 mois), en cohérence avec les tendances nationales observées par la Banque de France.
Les délais de paiement s’allongent pour 33,7 % des entreprises en juin 2026, contre 17,3 % en juin 2024 – une progression constante qui fragilise les chaînes de trésorerie.
Côté crédit bancaire, les Landes accusent un repli de -4,4 % des encours de crédit aux entreprises sur un an, contre -2,2 % en Nouvelle-Aquitaine et -0,2 % en France, le crédit de trésorerie étant particulièrement affecté.
4. Panorama sectoriel
Bâtiment et travaux publics
La situation demeure fragile et contrastée. Si les mises en chantier de logements enregistrent un rebond notable en début d’année (+124,1 % sur 4 mois vs 2025), il convient de replacer ce chiffre en perspective : par rapport à 2023, les mises en chantier restent en recul de -26 % pour le logement et de -62,4 % pour les locaux professionnels (source DIDO 2026). Les carnets de commandes restent à un niveau moyen, les perspectives s’améliorent légèrement avec des permis de construire plus nombreux (+241,2 % sur 4 mois vs 2025, à mettre en regard du point très bas de 2025).
L’entretien-rénovation, les matériaux et les travaux publics restent sous tension. Les taux de crédit immobilier, qui repartent à la hausse, constituent un frein supplémentaire pour les primo-accédants.
Aéronautique
La filière aéronautique régionale a retrouvé depuis deux ans une forte dynamique, avec des carnets de commandes abondants qui ont mis la supply-chain sous pression. Celle-ci commence à retrouver son rythme, même si des ralentissements persistent (main-d’œuvre, pièces, matières premières). Les marchés intérieur et export dépassent les capacités dans l’aviation civile. L’orientation est également très favorable pour la défense et la motorisation d’hélicoptères, et la situation s’est améliorée pour l’espace et l’aviation d’affaires. Recrutements, formation, investissements, nouveaux carburants et décarbonation sont au cœur de la stratégie des acteurs.
Bois, papier, emballages
La filière peine à retrouver la dynamique passée. Les marchés parquets-lambris sont ralentis dans la lignée du BTP et du bricolage. La hausse du prix des grumes dégrade les marges dans le sciage et la fabrication de palettes, les prix de vente restant parfois trop bas. Les marchés papier, emballages et panneaux perdent en dynamisme malgré des investissements en cours. L’attractivité du pin maritime — sa disponibilité, son prix, son exposition au nématode — préoccupe sérieusement la filière.
Chimie
Le secteur est confronté à une baisse d’activité significative, impacté par la concurrence asiatique, des normes réglementaires asymétriques et des différentiels de coûts énergétiques considérables. Les marchés destinés à l’automobile, au caoutchouc et aux engrais décrochent au profit de la concurrence chinoise. Les filières cosmétiques, santé et hygiène résistent mieux, mais voient leur demande perdre en vigueur.
Industries des biens de consommation
Les activités liées à la plumasserie, positionnées sur la haute valeur ajoutée, restent dans une dynamique convenable. Le meuble et les arts de la table subissent une consommation erratique et la concurrence internationale à bas prix. Dans le surfwear, les ventes se stabilisent, confortant les stratégies de recentrage commercial et les évolutions de business model en cours.
Industries agroalimentaires
L’activité est résiliente mais soumise à de très fortes contraintes : marchés export plus complexes, concurrence internationale forte, émergence de centrales d’achats internationales, consommation intérieure fragile. La filière canard retrouve une dynamique ; les ventes de poulet label progressent ; les produits poissons et préparations fruits-légumes s’améliorent. Toutefois, les carnets de commandes manquent de densité et les pressions sur les prix et les marges restent trop fortes pour permettre les investissements nécessaires.
La question de la souveraineté alimentaire illustre cette fragilité structurelle : la part du poulet d’origine française dans la consommation nationale est passée de 90 % en 1990 à 48 % aujourd’hui, un recul continu documenté par les données de l’interprofession volaille (ANVOL). Le récent rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur le secteur agroalimentaire avait mis en lumière les déséquilibres structurels dans les négociations commerciales avec la grande distribution.
Signal positif à noter : les produits de TPE/PME/ETI en grande distribution progressent de +4 % en nombre de références et de +3,8 % en valeur (source Circana), confirmant que la différenciation par l’origine et la qualité reste un levier accessible.
Commerce et distribution
Le modèle du commerce en magasin traverse une recomposition profonde. L’activité est imprévisible, les charges (loyers, énergie) pèsent lourdement, et les ventes se concentrent sur les promotions. Les ventes en magasin ont reculé de -3,7 % en avril 2026 et de -2,8 % sur les quatre premiers mois de l’année (source Procos). Le non-alimentaire affiche -2,9 % en valeur, l’automobile -1,6 %. Seul le PGC libre-service résiste, avec un léger regain de +2,3 % en volume. Les liquidations judiciaires se multiplient dans de nombreux secteurs – habillement, équipement maison, chaussures notamment.
La régénération du commerce de centre-ville est un enjeu majeur : les difficultés sont encore plus sévères pour les commerces de proximité ruraux. Le paradoxe demeure entier : 67 % des Français déclarent être attachés à leur centre-ville (+6 pts vs 2023), et 71 % s’y rendent au moins une fois par semaine, mais leurs comportements d’achat ne suivent pas.
À noter positivement : la logistique a fortement investi sur le territoire landais, signe d’une réorganisation du modèle de distribution à l’échelle locale.
Santé et thermalisme
La saison thermale s’annonce hétérogène avec une baisse de fréquentation. A ce rythme, elle devrait atteindre à peine 80 % de ce qu’elle était en 2019 – bien en deçà des attentes malgré les investissements consentis. La communication sur un projet de déremboursement en fin d’année dernière a retenu l’attention des curistes, qui vont aussi cette année au plus près pour se soigner.
Plus largement, l’équilibre des activités de santé et du paramédical se dégrade : cliniques, optique, pharmacies voient leur consommation diminuer, leurs charges augmenter, leur personnel se raréfier et leurs marges s’amenuiser dangereusement. Le rythme des fermetures d’officines s’est accéléré : 300 officines ont fermé en France en 2025 (source Pharmastat-Iqvia), dont une proportion significative sans repreneur.
Hôtellerie, campings, restauration
La fréquentation des vacances de printemps et de Pâques a été moins dynamique qu’en 2025. Pentecôte a offert un rebond bienvenu grâce à une météo favorable. Les difficultés de recrutement pour maintenir la qualité des prestations persistent. Les perspectives pour la haute saison restent, à ce jour, inférieures à 2025 – année exceptionnelle- le contexte budgétaire des ménages devant affecter la durée des séjours et la nature des dépenses.
Ces signaux doivent être lus en regard d’un contexte national favorable aux Landes : 73 % des Français indiquent que partir en vacances représente un effort financier mais restent déterminés à le faire ; 58 % souhaitent des vacances au vert, en zone rurale (source Sofinscope/Opinionway) – une aspiration en parfaite adéquation avec l’offre landaise. Plus de la moitié des vacanciers resteront en France cet été (+15 points vs 2025), ce qui constitue un atout territorial direct. Le last minute pourrait rééquilibrer partiellement les résultats de saison.
5. Synthèse : un point bas, mais des fondamentaux qui tiennent
La conclusion de François Lafitte, qui animait cette matinale, résume la situation avec précision : « Incertitude et complexité s’intensifient encore avec la situation dans le golfe persique. Elles renforcent l’anxiété et l’attentisme. Nous sommes à un point bas. Les carnets de commandes ne parviennent pas à se reconstituer ; dans l’ensemble, la demande, tant sur le marché domestique qu’à l’export, recule. Les perspectives limitent la capacité à investir. »
Et d’ajouter :
« Pas de stabilité, pas de visibilité ! Pas de confiance, pas de croissance ! »
La situation est particulièrement contrastée selon la taille des entreprises, leur localisation et le marché sur lequel elles évoluent – au détriment des plus petites structures, de l’intérieur des terres, et de celles qui n’occupent pas de niche ou de positionnement à haute valeur ajoutée.
Pour autant, plusieurs fondamentaux landais résistent : une filière aéronautique en forte dynamique, des recrutements qui progressent mieux qu’ailleurs dans la région, des investissements en industrie et agriculture qui repartent à la hausse, et un positionnement touristique en phase avec les aspirations des vacanciers français.
La CCI des Landes à vos côtés
La CCI des Landes publie son Baromètre Éco deux fois par an et reste à disposition des entreprises du territoire pour analyser leur situation, les orienter vers les dispositifs d’accompagnement adaptés et anticiper les évolutions du marché landais.
Sources : DGFiP, France Travail/Acoss, douanes, INSEE, BCE, Eurostat, OCDE, Banque de France, SITADEL, Circana, Procos, Sefinscope/Opinionway, ANVOL, Pharmastat-Iqvia — enquête d’opinion CCI des Landes, mai 2026, panel de 299 entreprises.




